Historique de l'APIAS

              L'histoire

              Comme la plupart des associations de notre secteur, l’A.P.I.A.S. est issue de cet élan d’après 1945 où charité chrétienne et justice républicaine s’étaient quelque peu rapprochées, afin d’aider au mieux les enfants abandonnés, inadaptés ou handicapés.

               Nous sommes donc porteurs de ce grand élan de générosité, appelé parfois «  politique des châteaux », qui consistait à mettre les enfants en difficultés « au vert », à l’écart des grands centres urbains et souvent dans d’anciennes demeures parfois dans un état discutable… 

               Avant de s’appeler l’A.P.I.A.S. (Association pour l’Insertion et l’Accompagnement Social), l’Association fondatrice se nommait « LA CROISADE ».

               Elle fut créée le 17 Mai 1955 par René SERRE, lui-même ex-pupille de la Nation, qui connut une enfance difficile, de familles d’accueil en internement (Hôpital de PERREY – VAUCLUSE), là où dans la première moitié du XXème siècle, on se débarrassait facilement de l’enfance dite « anormale » ; de tous ceux qui, en fait, porteurs de différences souvent liées à leur histoire, présentaient des « stigmates » très bien décrits par Erving GOFFMAN : « un attribut qui jette un discrédit profond », « une différence fâcheuse d’avec ce à quoi nous nous attendions… ».

               René SERRE cassa cette logique en s’engageant dans la résistance, puis rencontra à Londres celui qui restera son maître à penser, le Général de Gaulle, dont il deviendra l’un des principaux gardes du corps.

               Dès 1954, fort de son parcours engagé,  il décide de faire jouer ses relations et crée cette association, « en faveur des Pupilles de l’Assistance Publique et de l’enfance abandonnée », dont il restera « Président-Directeur-Fondateur » (c’était son titre), jusqu’à sa mort en Décembre 1979.

               Il achète, en 1959, un ancien château à MARIGNY SUR YONNE, dans la Nièvre, qu’il transforme tout d’abord en colonie de vacances pour les enfants internés en région parisienne (Hôpital de Montesson) puis, à partir de Juin 1966, installe à demeure un groupe d’enfants (garçons adolescents), et à partir de 1969 un groupe de filles.

               A sa mort, l’établissement se trouve dans un état déplorable, totalement hors normes, les 50 enfants sont devenus adultes et les 17 salariés sans qualification font ce qu’ils peuvent.

 

               En 1981, la DDASS décide de restructurer le lieu pour en faire un Foyer pour adultes  handicapés, demande au nouveau Président d’embaucher un Directeur, un Chef de service, de construire un projet et de recruter progressivement une équipe qualifiée.

               Cette restructuration, démarrée en 1982, s’étalera jusqu’en 1989 ; un Directeur certifié sera alors recruté et les bases du projet actuel verront le jour en Septembre 1991 (premier projet écrit) sous le nom de Foyer d’Insertion, après négociation avec le Conseil Général de la Nièvre, qui en accepta le fonctionnement atypique, car répondant à des besoins existants non couverts.

               Dans le même temps, un Service d’Accompagnement Social (SAS), ancêtre du SAVS, est officiellement créé et est installé dans des locaux indépendants, mais toujours sur le site de MARIGNY. Notons que dès 1985,  le service de suite existant a été nommé « Service d’Accompagnement » et l’association s’est engagée dans ce grand mouvement national de développement du concept d’accompagnement social, portée par le MAIS (Mouvement pour l’Accompagnement et l’Insertion Sociale), auquel nous adhérons depuis 1989.

               Notre service d’accompagnement devint totalement indépendant du Foyer en 2003, en s’installant dans des locaux à CORBIGNY, ainsi qu’à NEVERS. Diversifiant progressivement ses actions sur l’ensemble du département, il se structure en deux pôles : un pôle accompagnement social et un pôle accompagnement professionnel, et prend le nom de SASP (Service d’Accompagnement Social et Professionnel).

               En 2000, après une période conflictuelle entre l’ancien président et le reste du conseil d’administration et la direction, un nouveau président est élu (toujours en poste à ce jour) ; l’Association prend le nom d’A.P.I.A.S., et installe son siège à MARIGNY, près de CORBIGNY (jusqu’alors, le siège de la CROISADE était à PARIS, Rue de l’Université).

               Nos racines associatives prennent pied dans la grande et la petite histoire. Il est indéniable qu’elles nourrissent aujourd’hui encore notre présent et orientent pour une part nos évolutions institutionnelles.

               L’héritage est bien là, qui explique le caractère atypique de nos deux structures ; nous avons su le prendre en compte tout en nous émancipant.

            Nos valeurs :

               Avant de tenter de définir nos valeurs associatives, il nous semble important de constater l’évolution de l’A.P.I.A.S. à partir de ses statuts, et plus précisément de l’Article 2 portant sur ses buts.

               En 1980, LA CROISADE avait pour objet : « … l’action même préventive sous toutes ses formes légales en faveur des Pupilles de l’Assistance Publique et de l’enfance abandonnée ».

               En 1998, « …la création, la mise en place et la gestion de toutes structures, établissements ou entreprises visant à prendre en charge ou accompagner toutes personnes mineures ou majeures, dont les difficultés d’insertion ou d’intégration nécessitent des interventions appropriées ou spécialisées ».

               Aujourd’hui, « …la création et la gestion de toutes structures dont les missions d’accueil, d’hébergement, d’accompagnement, de formation ou de production concourent à l’insertion sociale et/ou professionnelle, dans le respect du principe de non-discrimination, de personnes en difficulté ou exclusion sociale ».

               L’histoire de notre Association et l’observation  de ses 50 ans d’existence et d’évolution, montrent clairement qu’elle a été créée à partir de valeurs qui guidaient l’engagement de son Fondateur, en lien avec son propre vécu. L’A.P.I.A.S. possède aujourd’hui un ensemble de valeurs, certes différentes mais toujours aussi fortes, qui fondent notre engagement associatif, et sert de références aux équipes dans l’élaboration de leurs principes d’intervention.

               Si à sa création, l’Association « LA CROISADE » était le fruit des valeurs morales où se croisaient actes de charité, revanche sociale, et volonté de plus de « bien-être » pour les victimes du système, il nous semble qu’aujourd’hui, l’humanisme ne suffit plus à réduire les inégalités sociales.

              C’est pourquoi, après l’intérêt porté aux « malheureux », noble et respectable, puis à l’individu, trop souvent anonyme, nous allons maintenant du côté de la personne en tant que Sujet, sans se limiter à l’obligation morale d’intervention voulue par l’ensemble de nos lois, pourtant fort justement influencées par les principes de justice républicaine édités par le CNR (Conseil National de la Résistance) dès 1944.

              Aux valeurs morales, plus souvent incantatoires qu’opératoires, nous préférons des valeurs universelles, fondatrices du socle républicain, sur lequel s’appuient nos pratiques d’accompagnement. C’est pourquoi, nous parlerons de dignité, de respect, de non-discrimination, et tenterons de participer à l’émancipation des personnes accompagnées, afin qu’elles choisissent autant que possible la voie qui leur permettra de trouver la place qu’elles désirent occuper dans cette société, et qu’elles deviennent, si elles le souhaitent, des citoyens à part entière.

               Dans le « contrat social », ROUSSEAU écrivait : « Les esclaves perdent tout dans leur fer, jusqu’au désir de s’en sortir… ».

               C’est dans cette philosophie de l’engagement et de l’émancipation revendiquée par la plupart des Philosophes des lumières, et reprise dans les lois qui régissent notre secteur,   que l’A.P.I.A.S. se positionne en tant qu’acteur engagé dans une comédie qui n’est que trop rarement D’ell’arte !